07 juillet 2008
Hommage / DECLARATIONS
Photo: EL ©
De longues minutes durant je vous avais observée.
Ma vie en fut à jamais bouleversée.
Vingt années durant lesquelles votre image m'obséda.
Mes jours et mes nuits elle hanta
Me laissant presque sombrer dans la folie.
Depuis je n'ai eu cesse que de vous retrouver ici.
Aujourd'hui, me voici enfin libéré.
Le voile est tombé et votre beauté exposée
Telle qu'à mes yeux vous étiez apparue
Dans la magnificence de ce corps nu.
De I'endroit même où, il y a si longtemps, je vous surpris,
Je regarde la lumière à la pierre donner vie.
Peut-être un jour, vous promenant en ce jardin,
Reconnaîtrez vous ce personnage anodin.
Et qu'un doute, qu'une image enfouie
Remontent du plus profond de vos nuits
Pour qu'enfin, à la porte de mon atelier bohème,
Paraisse celle à qui je dirai : « Madame, je vous aime ».
Reviens ! / DECLARATIONS
Photo: EL ©
Reviens !
Je pense éperdument à Toi.
Ton visage me hante.
Ton absence me pèse.
Brises qui me rappellent la danse de tes cheveux blonds
Quand soleil et vents du large s'entendaient
Pour les faire virevolter dans une sarabande endiablée.
Regrets. Amertume.
Peine. Chagrins.
Je t'en prie reviens !
Mon coeur semble à jamais s'être endormi
Lui qui battait la chamade à tout rompre
Quand dans mes bras je t'enserrais.
Le ciel de Paris s'est assombri et partage ma peine.
Je ne sais, des nuages ou de mes yeux, à qui appartiennent
Ces larmes qui coulent sans fin sur mon visage.
Reviens !
Le rebelle que j'étais avait trouvé en Toi une compagne de route,
Une compagne de vie.
Mais un jour tu es partie me laissant seul face à un pesant silence.
Aveuglé d'amour, je n'avais sans doute pas vu que derrière ta lumineuse beauté
Se cachait une rebelle encore plus indomptable.
Que j'ose à peine espérer toujours indomptée.
Mon regard scrute I'immensité du monde.
Il espère à chaque instant voir apparaître un signe
Comme I'annonce de ton imminent retour.
Le ciel reste désespérément gris.
Reviens !
Qu'un jour mes yeux puissent à nouveau s'illuminer
Du bonheur perdu de te regarder,
Et mon coeur s'emballer contre le tien.
Que le vent en jouant dans ta crinière de feu
Sèche à tout jamais cette douloureuse blessure.
Reviens Belle Rebelle.
Qu'enfin notre Amour soit de retour
Tout en haut de I'affiche
Blanche Lafeuille / BIOGRAPHIES
Écrivain, romancière canadienne (1870-1937).
La Société des Écrivains du Québec lui attribue la « paternité » de quelques ouvrages dont les plus connus sont: « Encre sèche », « La plume brisée » et un roman (autobiographique ?) : « Les angoisses ».
Curieusement, et bien que Blanche Lafeuille soit reconnue officiellement au Québec comme romancière, il n'existerait à ce jour aucun exemplaire répertorié d'aucune de ses oeuvres.
Pour le syndicat des écrivains canadiens, Blanche Lafeuille ne serait en réalité qu'un imposteur. Certains membres de ce syndicat, forts contrits par la reconnaissance de cet auteur par la Société des Écrivains du Québec, n'hésitent pas à la surnommer « la Pucelle de la Littérature ». En fait, elle n'aurait enfanté aucun écrit.
Neptune / POESIES
Neptune, Dieu de la Mer
L'a amère.
L’amertume de Neptune
Qui de colère écume,
Non pas de vagues sentiments
Mais des vagues de ressentiments.
Point envie de se marrer,
Et pourtant paradoxe
C’est période d’équinoxe,
Il en faudra bien des marées.
Neptune, il a pris un râteau,
Rien qui ne la méduse
Elle, la Lune, qui dans son blanc halo
Baigna le radeau qu'on a dit de la Méduse.
Et si le Dieu de la Mer l'a amère
De sa colère Lune n'a que faire.
Ce qu'elle veut, c'est sentir son écume
Caresser ses belles courbes brunes.
Dans cette nuit noire d’équinoxe,
De sa colère, elle exulte.
Elle est la belle qui l’apaise.
Tempéraments et paradoxes.
L'enfant et les oiseaux / POESIES
Insouciante et bienheureuse enfant.
Tu souris à la vie.
Mais déjà dans ton regard se lit le rêve d'un envol futur.
Laisse-nous veiller sur toi, te chérir et te protéger.
Prends le temps de grandir,
La chrysalide n'est pas encore devenue papillon.
Un jour, et ce jour viendra suffisamment tôt,
Forte de l'Amour que nous t'aurons donné,
Tu sentiras que le moment est venu.
Un instant hésitante, tu auras un ultime regard vers nous,
Avant que de déployer tes ailes pour le voyage de Ta Vie.
Pareille à ces oiseaux,
Nous te regarderons voler, maîtresse des airs.
Dans la grandeur du ciel.
Parfois sans nul doute, ballottée par les vents.
Mais comme eux,
Tu trouveras toujours une main tendue
Prête à t'offrir chaleur et réconfort.
Parce que même devenue adulte,
Tu restes à tout jamais Notre Enfant.
Notre fille tant aimée.
Une vie / POESIES
D'une vie épique
Dorée partout.
Elle rêva d'Amérique,
De beaux bijoux,
Robes les plus chics
Et magnifiques dessous.
Éprise d'éthique
Elle chercha l'époux.
Mais souffrait de tics
Et connu la toux.
Devint colérique,
Se prit le chou.
Une bête histoire de fric
Qui affola l'époux.
Tourna hystérique,
Perdit Loulou.
Envolés les tics
Et finie la toux.
Depuis elle pique
Un peu partout,
Fréquente les flics
Et les marloux.
Ombre éthylique
Torchée debout,
Nourrissant les tiques
Et infestée de poux.
C'est utopique
De vouloir tout,
Mais pathétique
D'être rien du tout.
Très véridique.
Pas rare du tout.
L'écueil / POESIES
De cette mer lisse, tu émerges. Tranchant.
Echo minéral renvoyant du tréfonds des mémoires
Le fracas d'un océan qui se brise,
Le bruit assourdissant de navires éventrés,
De mâts qui s'affaissent
Et de voiles déchirées battues par les vents.
Tu émerges paisible au milieu des flots.
Pourtant, par toi, bien des voix se sont tues
Emportées dans d'abyssales ténèbres.
Une idée / CONTES
Un soir, pour m'amuser, j'ai lancé une idée. Une idée qui me semblait lumineuse. Personne n'a semblé avoir rien vu.
Moi : Comment ? Je lance une idée et personne ne voit rien ?
X : Non, rien vu ! C'était peut-être une idée noire !
M : Elle est sans doute tombée à plat !
Alors, tout le monde s'est accroupi, et le regard au ras des pâquerettes, on a cherché. En vain.
M : Je ne comprends pas. J'ai pourtant les idées larges !
Je restais confiant. Ce n'était pas une idée dans le vent. Elle n'avait donc pas pu aller bien loin.
M : En tout cas, si cette idée est bien tombée à plat, elle est donc à terre. De bon augure. C'est une idée qui va germer !
Mon bon sens d'homme de la terre, par mes racines, me rappelait qu'une idée qui germe bien peut rapporter du blé. Une riche idée en perspective. Aucun doute, cette idée ferait son chemin.
M : Si je veux retrouver mon idée, il faut que je m'arrange pour que le chemin qu'elle prendra soit un chemin à mon idée !
*
Ce matin vint à moi une idée que, sur I'instant, je ne reconnu pas.
Elle : Je voudrais être tienne !
J'étais quelque peu surpris.
M (à moi-même) : Pourquoi une idée qui n'est pas mienne cherche-t'elle à s'imposer à moi ?
M (m'adressant à elle) : Pour quelle raison veux-tu être mienne ?
E : D'autres cherchent à m'accaparer. Tant qu'à faire, je préfère choisir. (Puis cherchant sans doute à me flatter) : J'ai pensé que si j'étais tienne, tu saurais mieux me défendre.
Je réfléchis un moment.
M : Si un jour je t'avance, les gens diront: mais où a-t-il été pêcher cette idée ?
E : C'est simple (pointant du doigt la rivière): tu répondras: là-bas !
M : Ne risquerai-je pas d'être condamné pour une idée que d'autres n'ont pas eue ?
E : Non, aucun risque ! On ne peut pas te condamner pour avoir pêché, même sans permis, une idée qui avait libre cours !
M : Sans doute ! fis-je dubitatif.
E (cherchant à me convaincre définitivement) : Dis à un garde-pêche que tu es en train de pêcher des idées. Il te prendra pour un illuminé, c'est tout !
M (silence) : Comment es-tu venue jusqu'ici ?
E : Je ne sais plus trop, j'ai perdu le fil. Peut-être une mauvaise chute. Parfois quelqu'un croit bien faire et lance une idée en l'air. C'est dangereux !
M : Pourquoi ?
E : Lancer une idée en I'air, c'est bien beau ! Mais, déjà, toutes les idées ne sont pas belles, elles ! Et si I'on ne sait pas d'avance où une idée peut retomber, que dire de ce qu'en fera celui qui s'en saisira ?
M : C'est vrai !
E : Par chance, je suis retombée au milieu des herbes et des fleurs. Je sentais bien que I'on me cherchait, mais je ne voulais pas tomber dans n'importe quelles mains ! Je n'étais pas une idée mort-née, c'était là le principal. J'ai préféré me taire, grandir, et faire mon chemin. Me voilà maintenant !
M : Veux-tu dire que ce n'est pas le hasard si tu es venue à moi ?
E : Exactement ! Je m'étais tue, mais je savais qui tu étais. Je me suis entêtée. Te retrouver a fait de moi une idée fixe !
Ombre / CONTES
- Tu me sembles bien soucieuse. À quoi songes-tu ?
- À toi. Je t'observe, te scrute du coin de l'oeil. Je te sens toujours présente. Que me veux-tu ?
- Rien. Rien que tu n'aies à craindre. Aurais-tu peur ?
- Non, je ne le crois pas, mais ta présence permanente à mes cotés m'intrigue. Ce ballet fuyant, silencieux, insaisissable.
- Ballet ! Tu as trouvé le mot. Et tu es belle, belle comme une invitation à danser.
- Je suis belle, peut-être, mais belle pour être seule, à quoi cela peut-il bien servir ? Et puis il n'y a personne pour m'inviter.
- Tu le penses sans doute. Et pourtant, regarde-toi mieux. Observe moi et tu verras. Tu comprendras combien nous sommes une et une seule.
- Comment me reconnaître en toi ?
- Mais je ne suis que toi. Oui, c'est Toi cette grande silhouette brune qui s'étire, s'allonge, danse à tes cotés, tantôt folle, parfois sage. Qui soudain s'enfuit pour mieux revenir. Apprends à me regarder, tu sauras mieux te reconnaître. Tu te découvriras autre, vivante, enjouée. Chaque rai de lumière est ton cavalier, ton guide. La vie est une piste de danse à chaque instant.
- Qui es-tu ?
- Je suis ton ombre, mais c'est toi qui me donnes vie. Je suis toi qui vis en pleine lumière.
La petite fleur jaune / CONTES
Il avançait, mi-intrigué, mi-curieux, vers le fond de ce qui lui avait toujours paru n'être qu'une impasse sans intérêt, barrée d'un mur gris, de ce gris qu'affichaient tous les murs qui semblaient s'être donnés pour mission commune de priver son horizon de toute la gamme des bleus du ciel, des rouges du couchant, des verts des arbres, d'empêcher que le chant des oiseaux, le bourdonnement des abeilles et les parfums multiples des fleurs ne lui parviennent parce que le vent lui-même n'avait plus droit de circuler.
Une petite fleur jaune, blottie dans un coin, agita ses pétales pour attirer son regard et il vit dans cette inespérée touche de couleur, perdue dans la sinistre grisaille ambiante, le signe que tout était encore possible puisque sa seule présence inexpliquée suffisait à justifier I'espoir que la vie pouvait encore exister là où elle ne semblait plus avoir sa place.
Une larme glissa sur sa joue quand il prit soudain conscience que cette minuscule fleur venait de lui offrir le plus beau des cadeaux en lui prouvant qu'un petit être fragile avait su grandir dans un monde hostile et, qu'en puisant dans sa sève intérieure et en se nourrissant des éléments qu'il saurait découvrir essentiels, il pourrait à son tour devenir cette belle fleur dont la beauté épanouie attirerait un jour le regard d'un être sensible.


